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Les professionnels des médias se félicitent de l’évolution des mentalités chez les acteurs politiques

Les invités à l’émission passée de club de la presse se sont félicités de l’évolution des mentalités chez certains acteurs politiques, comme dans le cas de la double plainte du président du conseil national pour la défense de la démocratie/forces de défense de la démocratie(CNDD-FDD, parti au pouvoir) et du gouverneur de la province de Bubanza contre la radio publique africaine(RPA) devant le conseil national de la communication(CNC), contrairement aux habitudes qui voulaient que les acteurs politiques sautent pieds joints l’organe de régulation des médias pour s’en remettre directement à la justice, souvent pour des délits de presse mineurs.

Les parties plaignantes accusaient la RPA d’ « imputations dommageables » pour un reportage d’une récente attaque armée contre une position de l’armée régulière dans la plaine de l’Imbo qui auraient impliqué de jeunes imboerakure affiliés au CNDD-FDD, parmi lesquels se serait trouvé un neveu du gouverneur de la province de Bubanza.

Le porte-parole du sénat, Rénovat tabou, a salué le fait que les plaignants ont saisi le CNC et ne sont pas allées directement devant la justice comme cela se faisait habituellement dans pareil cas. « Je suis aussi confiant que le CNC entendra les deux parties et qu’il trouvera des solutions ».

De son côté, Alexandre Niyungeko, l’actuel directeur du centre de formation des médias(CFM), en même temps président de l’union burundaise des journalistes(UBJ), a trouvé que, sur le plan purement professionnel, « il n’y a rien qui soit attaquable dans le reportage en cause. Par contre, il est inquiétant que l’on veille demander de révéler les sources d’information aux médias. On ne peut pas jeter en pâture nos sources soit disant qu’une information n’a pas plu à telle ou telle autre personne. Espérons que le dossier va aboutir à un non-lieu ».

Innocent Muhozi, le directeur général d la radiotélévision Renaissance, quant à lui, a abondé dans le sens de laisser le CNC faire son travail et « nous espérons qu’il le fera correctement ». En ce qui est de la protection des sources, « nous ne pouvons pas céder là-dessus. Les sources doivent être protégées. Dans le cas contraire, on participerait nous même à tuer notre métier ».

Le vice-président du CNC, Rénovat Tabou, a juste informé les auditeurs que les deux plaintes étaient en cours d’analyse au niveau du secrétariat des plaintes du conseil et on ne peut pas en dire d’avantage dans l’état actuel de l’instruction. On peut juste dire que les parties au dossier ont été déjà entendues au niveau du CNC.

Les corps de la discorde

Le rapport d’enquête du procureur général de la république du Burundi qui a conclu sur la provenance rwandaise des corps sans vie qui avaient été découverts flottants du le lac Rweru, faisant frontière commune entre les deux pays a, par contre, alimenté un débat contradictoire dans la même émission passée de club de la presse. Les deux pays continuent aussi, des mois après la découverte macabre, de se rejeter la responsabilité en ce qui est de la provenance des corps.

Pour Jérôme Nzokirantevye, les pouvoirs publics burundais ainsi que les médias n’avaient cessé d’accréditer la même thèse de la provenance du Rwanda desdits corps depuis le début de l’affaire. Aussi, le procureur de la république n’a fait que confirmer ce que l’on savait déjà.

Innocent Muhozi, quant à lui, a fait savoir que quand sa radiotélévision a fait des reportages des deux côtés, les reportes ont eu à chaque fois des versions diamétralement opposées sur le sujet. Les cadavres peuvent aussi avoir été déposés sir le lac. Il faut encore creuser cette affaire là, a-t-il souligné, en substance.

Du point de vue de Alexandre Niyungeko, les seules déclarations des pêcheurs ne suffisent pas. Il faut d’autres preuves. D’un autre côté, le procureur n’a rien apporté de nouveau. Par contre, sur le plan diplomatique, le Burundi et la Rwanda ont relancé la polémique sur la paternité des corps. Le Rwanda a même accusé le Burundi d’avoir refusé la mise sur pied d’une commission mixte d’enquête sur l’affaire. Rien pour le moment n’indique clairement si oui ou non, ces corps ont été charriés par la rivière Akagera ou s’ils n’ont pas été déposés sur le lac.

L’angoisse planétaire face à Ebola

L’émission a pris fin sur une discussion chaude au sujet des dégâts matériels et humains que le virus Ebola d’un genre nouveau a déjà causé en quelques mois en Afrique de l’Ouest, mais aussi en Europe et aux Etats unis d’Amérique : près de 9.000 malades dont 4.500 morts ainsi que des coûts financiers estimés à plus de 32 milliards de dollars us, selon la Banque mondiale (BM).

«Ebola est devenu un problème mondial contre lequel la mobilisation doit être conséquente », a trouvé à redire Innocent Muhozi, avant d’ajouter qu’il faut cesser de croire que certains peuvent vivre dans des conditions aseptisées pendant que d’autres végètent dans l’insalubrité totale. Pour lui encore, il n’y a plus d’humain qui ne soit connecté à d’autres humains. Par ailleurs, des pays entiers sont devenus des sources de problème pour la santé humaine et il n’y a qu’à voir l’état d’hygiène dans les écoles et les universités.

«Il n’est pas encore trop tard pour bien faire et se rattraper. Les recherches scientifiques sur un nouveau vaccin ont déjà commencé. Au Burundi, il faut aussi intensifier les campagnes de sensibilisation sur les risques et les conséquences fâcheuses de la maladie pour mieux la prévenir. Si jamais le virus entre dans ce pays, il y aura bien des dégâts », a renchéri Alexandre Niyungeko.

«A quelque chose, malheur est bon. Maintenant que le virus menace l’Europe et les Etats unis d’Amérique, la mobilisation a augmenté d’un cran au niveau mondial », de l’avis de Jérôme Nzokirantevye.

« La mort n’a de sens que quand on a perdu le sien, disent les anthropologues. Espérons qu’après avoir compris la menace sans limite du virus, les grandes puissances du monde vont redoubler d’effort pour le combattre », a conclu Rénovat Tabou.

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