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Les professionnels des médias s’inquiètent des dérapages incontrôlés en ligne

Les participants à l’émission passée de club de la presse se sont vivement inquiétés des médias sociaux en ligne qui rivalisent d’ardeur dans la désinformation et l’intoxication des internautes sur le situation sociopolitique déjà tendue à l’approche de nouvelles élections générales au Burundi.

Difficile de réguler les médias en ligne

On remarque que la plupart de ces médias d’un genre nouveau sont inondés d’information qui ne sont pas de nature à calmer le jeu, a commenté Papien Ruhotora, l’actuel secrétaire exécutif du conseil national de communication(CNC), avant de faire remarquer que même au niveau des pays avancés, il est difficile de suivre ce genre de canaux d’information modernes. La régulation qui est dévolue au CNC est d’autant plus difficile que la plupart des médias en lignes les plus en cause sont généralement hébergés à l’étranger et on ne sait pas par quel bout les prendre, a-t-il encore regretté.

Il arrive aussi que des gens s’abritent derrière des pseudonymes pour désinformer l’opinion et ce que nous pouvons faire, c’est d’interpeller les responsables des médias à modérer les propos des internautes, a-t-il ajouté. Sinon, on est arrivé à un degré élevé de liberté d’expression et je ne pense pas qu’il faille couper pour régler le problème. Il faut aussi qu’il y ait des gens qui positivent et contrebalancent les fausses informations en ligne.

Les gens doivent réagir dans le sens de montrer que nous avons besoin que le pays conserve la paix chèrement acquise, a-t-il insisté, avant de se laisser convaincre que cela n’est pas le travail du seul CNC. Il faut que tout le monde soit véritablement impliqué dans l’assainissement des réseaux sociaux, a conclu le secrétaire exécutif du CNC.

Les médias sociaux et l’emprisonnement du directeur de la RPA

De l’avis de Emeline Muhorakeye, directrice des informations à la radiotélévision Renaissance, le net s’est emballé avec l’emprisonnement de Bob Rugurika et l’assassinat des sœurs italiennes. C’est aussi une situation d’intolérance sur le net qui monte à l’approche des élections au Burundi. On voit des gens qui excellent dans des messages à caractère ethnique et il ne faut pas négliger cela. La personne qui écrit extériorise tout ce qui se dit dans son milieu. Le problème est que les gens ne prennent pas du recul en vue d’un débat ouvert. Nous avons connu des médias de la haine et il ne faut pas retourner dans les mêmes malheurs.

La génération « dot com » n’est pas la seule en cause

Pour Jérôme Nzokirantevye, l’actuel porte-parole du sénat burundais, la génération dite « dot com » n’est pas la seule à blâmer sur les réseaux sociaux. L’autre fait inquiétant est les réseaux sociaux, les sites internes sont hébergés à l’étranger et on ne sait même pas qui en sont les responsables. Dans les règles du métier journalistique, quand vous lancez un message, il faut se demander comment le consommateur va la recevoir. Il faut que nous sachions d’où nous venons, où nous sommes et là où nous allons. Nous devons léger ce pays à une jeunesse responsable. Nous devons enseigner à cette jeunesse à avoir horreur du crime.

Un venin qui fait son bon homme de chemin

De l’avis de Edouard Madirisha, journaliste au groupe de presse indépendant « Iwacu », nous assistons à un discours violent en ligne qui fait peur. Un venin qui fait son bon homme de chemin. Il y a de la haine ethnique. Il faut faire des émissions à la radio et des commentaires positifs par le même canal, a-t-il recommandé à la fin.

Faux départ dans l’enrôlement des candidats électeurs

Les invités de Alice Hakizimana et Christian Bigirimana se sont également intéressés à l’actualité politique dominante du moment qui est caractérisée par les perspectives de réouverture partielle des opérations d’enrôlement pour donner une nouvelle chance aux candidats électeurs de 2015 qui ne l’avaient pas fait dans les délais de s’y mettre comme en ont convenues les parties prenantes aux prochaines consultations populaires.

Tout faire pour avoir un fichier électoral crédible

Dans son intervention, Papien Ruhotora a rappelé que c’est une décision concertée qui a satisfait beaucoup d’acteurs politiques. Les irrégularités qui ont été soulevées vont être corrigées. L’une des irrégularités en question a porté sur la distribution anarchique et discriminatoire par endroits de la carte nationale d’identité et pour le même intervenant, c’est un problème administratif à corriger. Tout burundais de plus de 16 ans a droit à une carte nationale d’identité. Il faut aller la demander et l’administration a le devoir de la donner. Le ministère de ‘intérieur, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) doivent aussi s’impliquer pour avoir un fichier électoral crédible. Les citoyens, quant à eux, doivent comprendre la nécessité d’avoir sur eux et en permanence une carte nationale d’identité, a-t-il conclu.

Baisse de la méfiance entre parties prenantes aux élections

Pour Jérôme Nzokirantevye, il est également à saluer le fait que les parties prenantes aux élections ont baissé de méfiance les unes vis-à-vis des autres. Les parties prenantes se sont également convenues de former une commission pour suivre de près les opérations de l’enrôlement additionnel. La question qui reste posée est néanmoins celle de savoir si les responsables des partis politiques auront tous des mandataires dans les différents bureaux d’enrôlement.
L’intervenant a trouvé encore que la solution au fichier électoral réside dans le fait qu’on a supprimé le vote par procuration, c’est une partie de la réponse au double vote éventuel. Il y a aussi l’encre indélébile qui sera une solution aux tentatives de tricheries. Mais nul part, on ne peut trouver de fichier parfait. Je dois aussi dire que le mot « distribution » des cartes nationales d’identité me mets mal à l’aise. Le citoyen a l’obligation d’avoir sur lui la carte nationale d’identité. C’est un problème d’éducation civique à régler. C’est également ridicule de demander à la communauté internationale de financer la carte nationale d’identité.

La solution passe par les commissions mixtes

De l’avis de Edouard Madirisha, par contre, quelle que soit la bonne foi des parties prenantes, il y a déjà un mal qui a été fait dès le départ au niveau de la distribution des cartes nationales d’identité qui risque de fausser le fichier électoral. La solution réside au niveau des commissions mixtes qui doivent s’assurer que tous les demandeurs accèdent facilement à la carte nationale d’identité.

Ne pas bouleverser le calendrier électoral

Un avis qui a été partagé par Emeline Muhorakeye pour qui, dès le départ, il y a eu manquements au niveau de la distribution des cartes d’identité. Comme solution envisageable, il faut que tout le monde s’implique dans le suivi de la distribution de la carte nationale d’identité. Il faut surtout que tout le monde s’y mette pour ne pas bouleverser le calendrier électoral. Chacun a un rôle à jouer pour avoir des élections inclusives, transparentes et crédibles. Il ne faut pas encore que les gens aillent chercher la carte nationale d’identité à la veille des trois prochains jours d’enrôlement additionnel.

Planète chaude

Les invités se sont séparés sur des échanges en rapport avec la poussée de l’extrémisme islamiste au Niger où, dans la foulée de l’attentat contre le journal français, Charlie Hebdo, des musulmans se sont mis à casser des biens des chrétiens contre la caricature du prophète Mahomet.

Ce qui s’est passé est bête

Pour Edouard Madirisha, ce qui s’est passé est simplement bête. On ne peut pas comprendre pourquoi tuer une personne pour ses convictions religieuses. Je pense que ce sont des gens qui ont une mauvaise interprétation du coran. Les gens devraient savoir que tuer au nom de Dieu est mauvais. Un chrétien du fin fond du Niger ne doit pas payer de sa vie pour des caricatures faites depuis Paris.

Les chrétiens du Niger sont des bouc-émissaires

De l’avis de Emeline Muhorakeye, les chrétiens du Niger sont des bouc-émissaires d’une situation interne au pays. Peut-être qu’il y a radicalisation des musulmans du Niger sous la houlette de la secte de Boko Haram du Nigeria vosin. Le président nigérien est aussi considéré chez lui comme un proche de l’occident chrétien.

C’est absurde

Jérôme Nzokirantevye, quant à lui, a trouvé « absurde » de s’attaquer à des gens pour un évènement qui s’est passé à Paris. On ne s’est pas attaqué au vrai coupable. L’intégrisme est un comportement condamnable partout dans le monde. Des gens ne savent peut être pas ce qu’une caricature. Les caricaturistes véhiculent des messages. Nulle part dans le coran il n’est interdit de caricaturer le prophète. Le Pape est souvent caricaturé sans conséquence sur la croyance en Jésus Christ chez les chrétiens. L’intégrisme, l’intolérance doivent s’arrêter que ce soit en politique ou en religion.

Retour au Moyen âge

Papien Ruhotora, de son côté, a trouvé qu’il y avait de la manipulation politique dans l’affaire. C’est comme si on ressuscitait les guerres saintes du moyen âge. Il y a aussi des enjeux économiques cachés. Le problème est que des gens sont intoxiqués. Il y a des problèmes de pauvreté et de gouvernance qui favorisent ces conflits. Il faut aussi réglementer les rapports entre l’islam et l’Etat.