Ensemble pour une presse libre, pluraliste, professionnelle et responsable !

Les professionnels des médias maintiennent la pression pour la vérité et la justice dans le dossier d’assassinat des missionnaires italiennes

Les invités à l’émission passée de club de la presse ont été nombreux à soutenir l’idée de maintenir la pression pour la vérité sur les assassins des trois sœurs italiennes et la justice pour le blanchiment total de Bob Rugurika, le directeur de la radio publique africaine(RPA) qui est en liberté provisoire après 30 jours de détention préventive suite à des reportages sur les auteurs présumés du triple forfait.

La mobilisation va également continuer pour que soient levées toutes les restrictions à la liberté de mouvement qui pèsent encore sur le président de l’association de défense des droits des humains et des personnes détenues(APRODH), Pierre Claver Mbonimpa, suite à ces révélations sur la présence présumée de jeunes burundais sur le sol de la république démocratique du Congo voisin pour des entrainements militaires à des fins aujourd’hui encore inconnues.

De l’avis de Innocent Muhozi, en maintenant le mouvement de rue de « mardi vert » qui correspond au jour où Bob Rugurika a été arrêté, « on est cohérent avec nous-mêmes parce que toute la vérité n’a pas encore éclaté au grand jour au sujet des assassins des sœurs italiennes ».

De même, Rugurika Bob et Pierre Claver Mbonimpa n’ont pas été libérés. Il y a eu juste des améliorations de leurs conditions de vie. Nous continuerons onc de nous battre pour qu’on ait la justice et la liberté. Rien ne nous conviendra aussi longtemps que les assassins n’auront pas été arrêtés. Ce que nous demandons aujourd’hui, c’est une justice indépendante. Il faut une enquête sérieuse et crédible. Il faut aussi reconnaitre le travail exemplaire de la police face aux mardis verts. Elle commet finalement des bavures quand on lui demande de les commettre, a-t-il conclu.

Un avis qui n’a pas été partagé par Jérôme Nzokirantevye, le porte-parole du sénat, Jérôme Nzokirantevye, pour qui maintenir les marches-manifestations dites « mardis verts », c’est demander une chose et son contraire. « Il ne faut pas intoxiquer les gens en disant que Bob n’a pas été libéré. Il a bel et bien été libéré sous conditions. C’est donc un peu étonnant d’entendre la société civile dire qu’elle va encore marcher. Ce qui est important, aucun régime ne va empêcher les gens de porter le vert. C’est un signe de démocratie. Mais il ne faut pas entraver le cours normal de la loi. Je suis pour que soient recherchés et punis les auteurs du triple assassina, a-t-il enchaîné.

Dans sa réplique, le journaliste de la RPA, Filbert Musobozi, trouvé que Bob Ruguruka méritait la liberté sans condition pour avoir révélé les pistes sur lesquelles la justice devait s’orienter. En outre, il a tout fait en contactant ceux qui étaient cités dans le dossier.

La crainte pour Gabbie Bugaga, journaliste à la radiotélévision nationale(RTNB) est qu’il puisse y avoir des contre-manifestations de rue. Dans cette hypothèse, il y aurait des problèmes et on ne sait pas comment les pouvoirs publics s’y prendraient?

Un « casse-tête chinois » pour les professionnels des médias

Les invités de Alice Hakizimana et de Théogène Surwavuba se sont encore intéressés à l’autre actualité de l’heure au Burundi qui concerne la convention de cession du site de l’ancien marché central de Bujumbura à une entreprise chinoise pour une durée de 50 ans sans appel d’offre à concurrence internationale. Il s’agirait encore d’une société chinoise qui aurait été créée en septembre 2014.

Le porte-parole du sénat a tenté de calmer le jeu en rappelant que, dans le code foncier, il y a des dispositions qui prévoient l’emphytéose de parfois 50 à 90 ans. Par ailleurs, le marché a pris feu il y a deux ans. Aujourd’hui, c’est une place vacante où sera érigé un complexe commercial plus moderne qu’avant. Le cercle nautique a été mis en emphytéose et on n’a pas trouvé à redire. Maintenant, il faut s’interroger sur ce que va rapporter le marché avec les chinois pour le pays. Par ailleurs, il n’y a pas d’appel d’offre sur ce genre de contrat en emphytéose, a-t-il encore rappelé.

Pour Filbert Musobozi, ce qui gène est que le marché a été donné en cachette. Le conseil des ministres a donné dernièrement son aval sans appel d’offre. Nous savons que des commerçants à l’ancien marché ont tout perdu et ils n’ont jamais été indemnisés. Le problème est que des individus vont s’enrichir d’une façon illicite sur le dos des autres burundais.
L’ambassade de chine à Bujumbura ne semble pas non plus être bien informée sur le contrat. L’ancien marché central de Bujumbura représente une histoire dans ce pays. La concession d’un tel site n’est pas une mince affaire. Il y a eu aussi la concession du port de Bujumbura dans des conditions obscures. On nous disait que la société sud africaine allait apporter 11 milliards de dollars. La société est vite tombée en faillite. Le peuple voit. Il ne faut rien lui cacher, a-t-il souligné, en substance.

Innocent Muhozi, quant à lui, a déclaré que les burundais restent tous tous attachés à ce marché qui était fondamental pour l’économie du pays. On y brassait plus de 5 milliards de francs burundais pas jour. Si on met de côté ces éléments sentimentaux, il faut qu’on nous explique pourquoi les pouvoirs publics ont vendu les lieux. Il y a un intérêt public évident. Ce n’est parce qu’on a un droit de signature qu’on fait n’importe quoi.

Gabbie Bugaga a eu la même appréciation du dossier en affirmant que tout le monde a besoin de savoir ce qui se passe autour de cette transaction. A l’heure actuelle, la population burundaise a le droit de réclamer une information claire. Le Burundi d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui. 50 ans : c’est beaucoup, c’est toute une génération. On ne peut pas laisser faire les choses aussi rapidement. S’il s’agit d’un intérêt public, il ne faut pas qu’il y ait des non dits.

Dans le voisinage

Tout n’est pas rose non plus dans le voisinage immédiat comme en République démocratique du Congo où l’actualité dominante reste au désarmement et au cantonnement des forces démocratiques pour la libération du Rwanda(FDRL) après plusieurs années de désordre imputables à ce résidu des anciens miliciens auteurs du génocides de 1994 au Rwanda.
Pour Innocent Muhozi, c’est très amusant, les tergiversations de la MONUSCO face aux FDRL. C’est vraiment important que la communauté internationale fasse ce qu’elle est venue faire en RDC. Il faut ramener la paix dans cette sous-région. La complaisance doit cesser avec les FDRL. Quand il s’agissait de combattre le M23, il n’y a pas eu une telle tergiversation. Je ne comprends pas le hui clos entre l’armée congolaise et les FDRL. C’est une combine dangereuse. C’est gangrener le Congo et toute la sous-région. Personne n’y trouvera ses comptes.

De l’avis de Gabbie Bugaga, les FDRL sont là depuis longtemps et veulent rentrer chez eux dans la cadre de la réconciliation nationale ou par la force. C’est une force politique, une opinion. La coalition contre le M23 ne sera pas rééditée parce que la réalité des FDRL est autre.

Quant à Jérôme Nzokirantevye, il a trouvé que la géopolitique de la région des grands lacs est inquiétante. Les M23 ont fui vers l’Ouganda et le Rwanda. Les FDRL ont été attaquées et on ne connait pas leur sort du moment. Peut-être ont-ils pris du recul pour mieux sauter. On avait donné un ultimatum aux FDRL et au moment de son expiration, le gouvernement congolais dit qu’il va opérer seul, sans l’assistance de la MONUSCO. Si Kinshasa voulait que les FDRL rentrent, cela se serait déjà fait. Dans tout ce processus, la question qui se pose est de savoir si on veut la paix pour cette région des grands lacs ?

Du point de vue de Filbert Musobozi, Kinshasa devient de plus en plus faible face aux FDRL qui sont solidement implantés à l’est du Congo. On ne connait pas finalement qui collabore avec les FDRL. Les Etats-majors de l’armée et de la police congolaises collaboreraient avec les FDRL. On croit savoir qu’il y a aussi des infiltrations au Burundi et au Rwanda à partir de la RDC.