Ensemble pour une presse libre, pluraliste, professionnelle et responsable !

La liberté de la presse s’arrache !

L’émission passée de club de la presse est revenue sur le sens de la journée mondiale de la presse pour faire le point sur la situation de la liberté d’informer et d’être informée au Burundi. Un consensus s’est dégagé sur le fait que les libertés, en général, et celle de la presse, en particulier, s’arrachent et ne s’octroient pas sur un plateau d’or.

Dans le cas du Burundi, Annick Ndayiragije, la secrétaire générale de l’union burundaise des journalistes (UBJ) a estimé qu’il y avait encore du chemin à faire en matière de la liberté de la presse. En avril de l’année dernière, il y a eu vote d’une loi qui ne promeut pas la liberté de la presse du moment qu’elle demande aux professionnels des médias de décliner les sources d’information dans certaines circonstances, a-t-elle rappelé. L’autre motif d’insatisfaction, toujours pour Annick Ndayiragije, est qu’on continue à assister à des convocations en cascade de journalistes devant la justice alors que leur place est à la rédaction. On observe aussi des journalistes qui ont peur de mourir dans l’exercice de leur métier.

De l’avis de André Palice Ndimurukundo, journaliste à la radio publique africaine (RPA, indépendante), « la liberté doit commencer dans le cœur de chacun. Qu’il y ait des gens qui veulent museler la presse, cela ne doit pas nous décourager. Pour ce qui est de la nouvelle loi controversée sur la presse, l’intervenant a estimé qu’elle ne doit pas nous concerné. « Du moment que la cour constitutionnelle a déclaré inconstitutionnels certains articles de la nouvelle sur la presse au Burundi, c’est toute la loi qui devient anticonstitutionnelle ».

Pour Innocent Muhozi, le Directeur général de la radiotélévision Renaissance, «aucune liberté ne s’accorde sur un plateau en or. Il faut se battre pour asseoir les libertés. Dans l’état actuel des choses, la presse indépendante fait son travail malgré des contraintes de divers ordres. Cependant, comme il peut y avoir des voyous dans notre métier et une presse de la haine, il faut des balises mais ne pas en faire des prétextes pour bâillonner la presse. Autrement, nous ne sommes pas contre des lois claires. Mais contre des lois limitatives de la liberté de la presse. Disons-le encore une fois, les journalistes ne sont pas au-dessus de toutes les bassesses. Il faut les balises là où elles sont nécessaires, a-t-il insisté.

Quant au point de vue de Aloys Batungwanayo, coordinateur de La Benevolencija, « il faut comprendre que la vie en général est un combat. Personne ne nous apportera la liberté sur un plateau d’or. D’un autre côté, «on n’a pas une loi sur la presse parce que c’est un tout. Lorsqu’une loi comporte une lacune, c’est toute la loi qui est biaisée. En attendant, il y a celle de 2003 à laquelle il faut se référer en attendant mieux car les balises sont nécessaires, surtout dans ces moments cruciaux.

Club de la presse numéro 165

Animateurs
- Théogène Surwavuba
- Christian Bigirimana

Invités
- Annick Ndayiragije, secrétaire générale de l’UBJ
- André-Palice Ndimurukundo, Journaliste à la Radio publique africaine(RPA)
- Innocent Muhozi, Directeur général de la radiotélévision Renaissance et président de l’observatoire de la presse du Burundi
- Aloys Batungwanayo, Coordinateur de La Benevolencija

Première partie
Introduction
La première partie a été dominée par la tragédie de 1972.
Débat
André palice Ndimurukundo :
Ce sont des évènements que je n’ai pas vécus. Ce que je sais, c’est que cela a été une date fatidique pour le Burundi. Au niveau de la Radio publique africaine (RPA), nous avons surtout enquêté sur la mort du Prince Charles Ndizeye. J’ai retenu aussi que le pouvoir de l’époque savait qu’il y avait une rébellion qui se tramait au niveau du Congo. Après, l’armée a systématiquement maté la rébellion. La justice de l’époque n’en n’était pas une. La loi sur la Commission pour lé vérité et la réconciliation (CVR) a été votée et permettra peut-être d’en savoir plus sur les évènements de 1972 et bien d’autres. Mais le grand problème est qu’elle met en avant le pardon avant de savoir qui a fait quoi ? Tant que cette loi ne va pas mettre en avant la justice, il n’y aura pas de réconciliation. On jette la poudre aux yeux de l’opinion. Tant que nous aurons des gens au pouvoir qui veulent se protéger, attendez-vous à d’autres tragédies.
Annick Ndayiragije :
Les évènements de 72 sont restés très discrets. Les deux ethnies se rejettent la responsabilité de ce qui s’est passé à l’époque des faits. Aujourd’hui, le peuple est divisé par rapport à ces évènements. Depuis 1972, la justice ne s’est pas prononcée sur ce qui s’est passé durant 42 ans. Il y a une loi controversée sur la CVR. Aujourd’hui, on peut féliciter les médias qui ont commencé à diffuser quelques témoignages avec l’aide de la Bénvolentsia sur les évènements de 1972.

Innocent Muhozi :
En 1972, il y a eu une extermination systématique de l’élite Hutu par un gouvernement tutsi. A l’époque, beaucoup de familles hutu n’osaient plus envoyer leurs enfants à l’école. Le gouvernement se défendait contre des traitres, disait-on. Cela a commencé par une rébellion hutu qui voulait exterminer les tutsi. Un gouvernement ne doit cependant pas exterminer ses citoyens. Le système judiciaire était impliqué dans l’extermination. Il a fallu 1988 pour parler de ces choses là, là aussi à cause des attaques de Ntega-Marangara dirigées contre les tutsi. Le mécanisme de justice transitionnelle est l’œuvre de gens qui ont eu un rôle à jouer dans la tragédie burundaise. Que ce dossier prenne 100 ans, pourvu que la vérité éclate un jour ou l’autre. Mais ce n’est pas bon non plus de vouloir régler les comptes.

Aloys Batungwanayo :
La justice a eu lieu, mais de manière partiale. Le conseil de guerre a fait sont travail. L’ancien président Jean Baptiste Bagaza en était le président et Kabunda Grégoire son greffier. Ces évènements sont toujours dans nos cœurs. Aujourd’hui encore, on a du mal à restituer les biens des rescapés de 1972. Les comportements d’aujourd’hui trouvent leurs explications dans les évènements de 1972. Même aujourd’hui, la page de 1972 n’est pas tournée. Aujourd’hui encore, on dit que tel secteur est dominé par des tutsi. Le 29 avril de chaque année, il y a une peur chez les tutsi de réédition de 1972. D’autres, chez les hutu, se rasent le crâne à la même date.

Seconde partie
Introduction
La seconde partie a été dominée par la célébration de la journée mondiale de la presse sous le thème de la liberté de la presse pour un Burundi meilleur.
Débat
Annick Ndayiragije :
En général, la liberté de la presse n’est pas respectée au Burundi. En avril 2013, il y a eu vote d’une loi qui ne promeut pas la liberté de la presse, en demandant aux journalistes de révéler les sources d’information. C’est contraire à la liberté de la presse. Nous remarquons des convocations en cascade de journalistes devant la justice alors que leur place est à la rédaction. On observe aussi des journalistes qui ont peur de mourir dans l’exercice de leur métier. Il faut simplement respecter la déontologie. C’est la loi qui régit les journalistes. Ils font beaucoup mieux leur travail. Tous les journalistes ont droit d’accéder aux sources d’information et de les protéger. L’un ou l’autre journaliste peut déraper.

André Palice Ndimurukundo :
La liberté doit commencer dans le cœur de chacun. Qu’il y ait des gens qui veulent museler la presse, cela ne doit pas décourager. Il y a des tentatives d’intimidation, de harcèlements. Tout cela n’est que tentative d’entraver la liberté de la presse. Souvent, ce sont les institutions étatiques qui se distinguent dans la violation de la liberté de la presse. Heureusement, la cour constitutionnelle a déclaré inconstitutionnels certains articles de la nouvelle loi controversée sur la presse au Burundi. Du moment qu’il y a un article anticonstitutionnel, c’est toute la loi qui est anticonstitutionnelle. Elle ne nous concerne pas.

Innocent Muhozi :

Toutes les libertés ne s’accordent pas sur le plateau. Il faut se battre pour ses libertés. La presse indépendante fait son travail malgré les contraintes. Il faut que les gens comprennent qu’on se bat pour les libertés. Qu’ils bravent les interdits. C’est une question de principe et de droit. On a qu’à faire ce que l’on doit faire dans le respect de la loi. Il peut y avoir des voyous dans le métier. Il faut des balises contre les médias de la haine, mais ne pas en faire des prétextes pour bâillonner la presse. Il y a des choses dont il faut s’interdire. Nous ne sommes pas contre des lois claires. Mais contre des lois limitatives de la liberté de la presse. Les journalistes ne sont pas au-dessus de toutes les bassesses. Il faut les balises là où il faut. Tous les journalistes ne sont pas professionnels.

Aloys Batungwanayo :

Il faut comprendre que la vie en général est un combat. Personne ne nous apportera la liberté sur un plateau d’or. On exerce cette liberté qui est accordée par la loi. On n’a pas une loi sur la presse parce que c’est un tout. Lorsqu’une loi comporte une lacune, c’est toute la loi qui est biaisée. En attendant, il y a celle de 2003 et il faut s’en tenir à celle-là. Aujourd’hui, la liberté de la presse est légitime. C’est un acquis. Les gens donnent l’information parce que c’est légitime. Des fois, certains reportages posent le problème du professionnalisme. Les balises sont nécessaires, surtout dans ces moments cruciaux. On a déjà vu des confrères qui diabolisent les autres.

Troisième partie

Introduction
La troisième partie a été dominée par la situation en Centrafrique qui continue à s’empirer suite aux affrontements entre musulmans et chrétiens et malgré la présence de troupes étrangères de maintien de la paix.

Débat
Aloys Batungwanayo :
Cela nous rappelle la crise de 1993 où certains politiciens burundais parlaient de hutu lands et de tutsi lands. Est-ce que les forces étrangères font réellement leur travail en Centrafrique ? Il faut que ces forces s’interposent entre les chrétiens et les musulmans et trouver des solutions politiques. L’acte de relocalisation renforce les anti-baraka de confession chrétienne. Il faut d’abord retourner en arrière. Les troupes tchadiennes ont été chassées par ce qu’elles étaient étiquetées seleka. On remet le problème à plus tard. Il n’y a pas de solution immédiate.

Innocent Muhozi :

Quand une personne est en danger de mort, la première chose est de la mettre en sécurité quelque part. Il y a des moments où il faut sécuriser le maximum de gens et réfléchir après. S’il n’y avait pas eu ces forces étrangères, les choses seraient pires qu’aujourd’hui. Je préfère une épuration géographique à une épuration physique. Les hutu et les tutsi qui n’ont pas fui sont morts. La Centrafrique est immense alors que les troupes étrangères de maintien de la paix sont en nombre insuffisant. Quand on arrivera à construire un pouvoir central, les gens vont se sentir en paix. On peut pour le moment emmener les gens, y compris au Canada pour leur sécurité. Les militaires sont pratiques et préfèrent laisser partir les centrafricains en danger de mort. Quand il n’y aura pas de musulmans à tuer, les anti-baraka vont se rentrer dedans.

Annick Ndayiragije :
Il y a une solution intermédiaire. Celle de relocaliser les communautés qui veulent vivre ensemble dans un même endroit. Il ne faut pas exporter les gens mais chercher à faire cohabiter les communautés.

André Palice Ndimurukundo :
Les autorités centrafricaines sont dépassées par un problème qui est à la fois interne et externe. Cela rappelle la balkanisation de nos quartiers dans les années 1990. Il faut surtout s’attaquer aux vrais problèmes qui ne sont pas fondamentalement religieux. La Centrafrique appartient à tous les centrafricains. C’est un problème politique. Il ne faut pas faire un procès rapide à la présidente de la transition. Espérons qu’un jour ou l’autre, on pourra mettre en place un pouvoir fort, capable de ramener la paix. C’est une question de patience.