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Des professionnels des médias se plaignent de l’accès difficile à l’information sécuritaire

La récente attaque armée d’individus non identifiés sur la frontière nord-ouest du Burundi avec la république démocratique du Congo(RDC) a encore démontré à quel point il restait difficile pour les professionnels des médias d’accéder à une information sécuritaire, se sont accordés à dire, les invités à l’émission passée de club de la presse.

Tous les porte-parole de l’armée, de la police, des services spéciaux du renseignement sont murés dans un silence radio des jours durant malgré les sollicitations des médias qui voulaient informer le public sur les violents affrontements de la fin de l’année et des jours qui ont suivi entre les corps de défense et de sécurité et un groupe d’assaillants venus de la RDC.

A une situation particulière, une communication particulière !

Le conseiller à la présidence de la république chargé de l’information, la communication et la presse, Willy Nyamitwe, était de la partie et a pris la défense des sources officielles d’information en cause. Pressé par les autres participants de dire pourquoi la rétention de l’information par les officiels du gouvernement, le conseiller présidentiel a simplement dit que l’ennemi a bel et bien été identifié. Les forces de défense et de sécurité vont livrer les informations nécessaires, le moment venu. Pour lui encore, la situation est particulière et il faut des méthodes de communication particulières. M.Nyamitwe a laissé encore filtré quelques bribes d’information qui disaient que les militaires sur le terrain ont récupéré des documents qui parlaient de l’effectif et des objectifs des assaillants. L’autre information de source officielle à filtrer à ce jour est que les assaillants ont tenté de rebrousser chemin vers la RD Congo après avoir eu des difficultés de se fondre dans la Kibira.

C’est déplorable !

C’est plutôt déplorable qu’il n’y ait pas de communication et d’information du public sur l’attaque, a rétorqué Alexandre Niyungeko, l’actuel président de l’union burundaise des journalistes(UBJ). Les services ont pourtant le devoir et l’obligation de communiquer sur ce qui se passe. Ce n’est pas la première fois que des groupes armés attaquent le pays. On a juste besoin de comprendre ce qui se passe.

On n’a pas de réponse face aux interrogations légitimes du public !

La même réflexion a été menée par Theddie Mazina, un journaliste et photographe indépendant, pour qui les porte-parole ont péché par le silence face à une situation sécuritaire dangereuse pour le pays et aux contours flous. Les gens nous demandent ce qui se passe et on n’a pas de réponse au niveau des journalistes qui sont supposés être au service du public.

La rumeur se nourrit du silence !

De l’avis de Jérôme Niyonzima, toute seconde qui passe au moment d’une crise, c’est une porte ouverte à la rumeur. Dans le cas des évènements de Cibitoke, il y avait pourtant moyen de créer une zone orange pour les médias en vue d’un service minimum en attendant d’amples informations de la part des sources autorisées. Cette façon de retenir les informations du public discrédite les services de l’Etat en charge de la communication, a-t-il estimé.

Le temps des revendications par la force des armes est révolu !

Lors du débat général, les professionnels des médias ont condamné sans réserve tout individu ou groupe d’individus qui rêvent aujourd’hui encore de faire aboutir quelques revendications qu’elles soient aujourd’hui par la force des armes.

Les comités mixtes de sécurité en question

Pour Willy Nyamitwe, la première chose à faire, c’est de condamner énergiquement un groupe de terroristes qui a attaqué la nation et un peuple qui a déjà payé un lourd tribut de la guerre civile pendant plusieurs années. Le temps des revendications par le bruit de canons et des bottes est révolu. Quand à l’implication en question de la population, c’est parce qu’il y a aujourd’hui des comités mixtes de sécurité partout dans le pays.

Des civils qui épaulent les forces de défense et de sécurité !

Alexandre Niyungeko a aussi condamné l’attaque car, à l’heure où nous sommes, il ne faut pas penser prendre le pouvoir par la force. Le plus inquiétant encore, aucune information ne filtre au sujet de l’identité des assaillants. La police, les militaires sont épaulés par des civils. Si jamais cette information était vérifiée, cela poserait un problème de savoir si les corps de défense et de sécurité ne sont plus capables de défendre le pays par eux-mêmes. Il y a aussi des informations qui disent que ceux qui se rendent sont exécutés sommairement. Il y a aussi un problème d’accès à l’information. Le gouvernement continue à observer le silence. Et puis, pourquoi cache-t-on l’identité des ces assaillants ? Il y a un hic. Est-ce difficile de dire qui sont les assaillants ?

Qui a attaqué qui ?

Jérôme Niyonzima, s’est également rallé aux autres intervenants pour déplorer la situation d’insécurité à Cibitoke. Il y a aussi des interrogations qui subsistent à plusieurs niveaux : On dit qu’un groupe d’individus armés qui a attaqué. Le groupe a attaqué qui ? Est-ce un camp militaire qui a été attaqué. Et puis, au niveau du droit humanitaire, en période de guerre, il y a eu aussi des informations faisant état d’assaillants qui ont été attrapés puis exécutés sommairement. Par ailleurs, ce qui est inhabituel, ce sont des affrontements qui commencent la journée, contrairement aux habitudes dans ce genre de situation où on était plutôt habitué à des assauts nocturnes. L’autre question intrigante est que des informations ont fait état d’assaillants en tenues de militaires des forces armées congolaises. Si les assaillants portaient de tels uniformes, est-ce que c’est la RD Congo qui a attaqué le Burundi ?

Un black out volontaire!

Theddi Mazina, quant à lui, a retenu que le black out était volontaire, selon les dires du conseiller Nyamitwe, ce qui a ouvert néanmoins la voie à toutes sortes de spéculations comme dans le cas de ceux qui parlent d’une nouvelle rébellion naissante de Hutu et Tutsi.

Planète chaude !

Les invités se sont séparés sur une réflexion concernant le sort final des forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, des rebelles rwandais présumés auteurs du génocide de 1994) qui tardent à se laisser désarmer pour retourner dans le pays d’origine après des années passées dans les maquis de la république démocratique du Congo en violation des résolutions onusiennes.

Theddie Mazina, a rappelé que depuis la fin des années 1994, le Rwanda a entrepris une politique de rapatriement des exilés. Le fait est qu’il y a parmi eux des radicaux qui ne veulent pas rentrer. D’autres ont amassé de grosses fortunes grâce à toutes sortes de trafics et ont les moyens d’acheter un exil doré. Les soutiens de certains pays de la sous-région ont aussi retardé le rapatriement des FDLR malgré leurs responsabilités dans beaucoup d’exactions.
Pour Willy Nyamitwe, « autant je déplore l’attaque de Murwi(dans Cibitoke), autant je déplore le retard dans le désarmement des forces négatives en RD Congo. Je soutiens toute initiative visant à désarmer toutes les milices présentes en RD Congo pour la stabilité des pays limitrophes. Les FDLR ont eu suffisamment de temps de réflexion. Il faut qu’ils désarment par tous les moyens. La position burundaise est que tous les pays de la sous-région des grands lacs connaissent la stabilité.

De l’avis de Alexandre Niyungeko, les nations unies et la RD Congo ont utilisé de gros moyens face à la rébellion du M23 et il est difficile de comprendre pourquoi elles n’utiliseraient pas la même manières forte face aux FDRL. Mais d’un autre côté, il y a des intérêts de grandes puissances qui interfèrent. Certains pays de la SADC ne voient pas d’un bon œil le pouvoir en place à Kigali et font en sorte qu’il n’y ait pas le désarmement des FDRL. La RDC est aussi le repère des rebelles qui attaquent le Burundi. Il faut assainir la situation pour préserver la paix dans les grands lacs. N’oublions pas que les FDLR sont accusés de génocide. Je ne suis pas contre le dialogue ? mais il y a certaines situations où il faut aussi privilégier la justice.

Quant à Jérôme Niyonzima, il s’est demandé si ceux qui ont attaqué Cibitoke ne sont pas des FDLR en débandade face aux pressions de la communauté internationale qui veut les contraindre à déposer les armes et rentrer chez eux.