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Anachronisme entre la loi sur la presse au Burundi et le traité fondateur de la communauté est-africaine

Les participants à l’émission passée de club de la presse ont été nombreux à relever un anachronisme entre la loi controversée sur la presse au Burundi et certaines dispositions en matière des libertés d’expression du traité fondateur de la communauté est africaine (CEA/EAC) de libre échange dont fait parti le Burundi dans le cadre de son intégration régionale.

C’est d’ailleurs pour cela que l’union burundaise des journalistes(UBJ) a franchi le pas d’aller attaquer certaines dispositions « liberticides » de la loi récemment révisée sur la presse au Burundi auprès de la cour de justice de l’EAC à Arusha, en Tanzanie, a indiqué Patrick Nduwimana, le directeur de la radio Bonesha FM et vice-président de l’association burundaises des radios diffuseurs(ABR). La sentence est attendue dans 60 jours.

L’intervenant a encore rappelé qu’il y avait encore des articles à éliminer à éliminer dans la loi sur la presse, notamment celui qui oblige de révéler la source d’information qui ressemble à une autre façon de mettre la croix sur le métier. La cour constitutionnelle du Burundi avait été également saisie et invalidée quatre des huit articles qui venaient de faire l’objet d’une attaque en inconstitutionnalité par l’UBJ et il fallait imaginer d’autres mécanismes. C’est aussi profiter des avantages de l’intégration. La loi est contraire au traité même de l’EAC. On est convaincu que la cause sera favorable à l’UBJ, a conclu M.Nduwimana.

Le coordinateur du studio Ijambo, Jérôme Niyonzima a aussi trouvé qu’il y avait des dispositions de la loi actuelle sur la presse au Burundi qui allaient à l’encontre des fondements même de l’EAC. C’est donc une plainte opportune. Le journaliste n’est pas tenu de révéler toutes les sources d’information.

Le conseiller à la présidence chargé de l’information, la communication et la presse, Willy Nyamitwe, de son côté, a trouvé normal que les journalistes essaient d’obtenir gain de cause par différents moyens. Néanmoins, on se demande si on cherche la liberté ou le libertinage. Les montages qu’on nous livre au quotidien dérangent. Cela risque de nous retourner dans des années obscures. Je soutiens une presse libre. Maintenant nous avons un conglomérat d’organes de presse qui ne respectent pas toujours les règles du métier.

Il y a des dérapages odieux et il faut que les pouvoirs publics se donnent les moyens de réglementer sans nécessairement y aller avec une main lourde. La solution n’est cependant pas à Arusha. Elle est dans le retour à la confiance entre la presse privée et les pouvoirs publics comme l’ont montré les dernières assises des médias de Gitega.

De mémoire de Esdras Ndikumana, le correspondant au Burundi de Radio France internationale (RFI) et de l’Agence France presse(AFP), c’est depuis quelque temps que le pouvoir se sent menacé par la presse. Aussi, le même pouvoir essaie de construire une loi taillée sur mesure. Cela a donné plutôt une loi liberticide. Sinon, on remarque que dans le paysage médiatique national, il y a des médias qui sont trop sévères avec le pouvoir, d’autres très complaisants ou alors plus ou moins neutres. Dans tous les cas, la loi doit être bonne pour garantir la liberté d’expression et les acquis démocratiques.

Le tract de toutes les peurs et controverses

Les mêmes invités ont eu à débattre d’une actualité aujourd’hui encore brûlante qui a été alimentée par un tract d’un responsable du parti au pouvoir en province de Bubanza. Certains des invités ont condamné le contenu qui attise la haine ethnique, d’autres ont considéré que le tract n’était qu’un simple outil de propagande dans le contexte préélectoral du moment au Burundi.

Cette dernière version a été notamment soutenue par Willy Nyamitwe pour qui un tract est un document acceptable et utilisable en matière de propagande avant de comprendre pourquoi d’ailleurs l’auteur l’a assumé. Et puis, a-t-il enchaîné, «nous sommes en démocratie et on peut étaler ses idées d’une façon ou d’une autre et je comprends le raisonnement du responsable du parti à Bubanza », avant de conclure sur le fait que quand c’est quelqu’un du pouvoir qui est en cause dans une affaire quelconque, les médias organisent des synergies et font dans le tapage. Pour lui, il y a, de ce fait, complaisance au niveau des médias. Pour le reste, le CNDD-FDD ne joue pas avec les sentiments ethniques. C’est plutôt un parti nationaliste, a-t-il soutenu à la fin.

Patrick Nduwimana, quant à lui, a trouvé que quand il y a des gens qui assument de tels écrits, on y voit plus claire dans les intentions cachées. Autrement dit, «c’est décevant qu’un parti qui vient de passer 10 ans aux affaires joue la carte ethnique. Aux yeux de l’intervenant, il y a plusieurs autres interprétations à donner au tract dont l’objectif est de dresser une partie de la population contre le peuple burundais.

Le CNDD-FDD veut aussi éveiller la conscience des hutu mais il faut faire attention. Cela montre la qualité des hommes politiques que nous avons aujourd’hui. Le CNDD-FDD devrait être responsable et ne pas jouer avec ces choses là, a-t-il soutenu.

Esdras Ndikumana, quant à lui, a trouvé que le CNDD-FDDferait plutôt mieux n’est d’expliquer son bilan de dix ans de pouvoir. Le reste n’est constitué que par des arguments ethniques de bas étage qui font honte. C’est aussi jouer avec le feu que de ramener de tels arguments. Le document a fuité à partir de Bubanza. On en a parlé et rien ne dit qu’il n’existe pas d